De quoi le baby-foot est-il l’emblème ?
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  Jouer au baby-foot sur le temps de travail donne l’illusion de s’affranchir des impératifs de production

Jean Marc Cottet

Jean Marc Cottet

Organisateur du salon On est bien ! - Gérant de La Fabrique des Embellies

De quoi le baby foot est-il l'emblème ?

Parler du bien-être en entreprise est un sujet aussi clivant que la présence de l’ours dans les Pyrénées. D’un coté, les « pour » avides de nouveautés managériales qui permettront de transformer leur entreprise en lieu de bonheur. De l’autre les « contre », qui pensent que tout cela, c’est des foutaises, et nous rappellent que l’entreprise, c‘est fait pour travailler.  Point/barre.

Si vous souhaitez semer la zizanie dans une assemblée de chefs d’entreprise, lancez la discussion sur le bien-être au travail: l’effet est bluffant.

Le baby-foot en est la cause. Allez savoir pourquoi, il ressurgit immanquablement au coeur de la polémique. A se demander si le concept de bien-être au travail n’a pas été inventé par BONZONI *

Sacré destin que le baby-foot

Après avoir complètement disparu du paysage des cafés, détrôné par les écrans géants qui diffuse de l’info en continu et des matchs de foot à longueur de journée, il pensait trouver refuge dans les MJC et foyers de jeunes. Mais là encore, il semble être porté disparu.

Du coup, c’est par les start up qu’il tente son come back: il s’impose comme le porte étendard de la modernité dans l’entreprise, « l’attrape génération Y» par excellence.

Aux cotés de la machine à café, il implante la convivialité. Lieu d’échange, de confrontation, de défi, il présente également un caractère transgressif. Chacun et chacune peut ainsi laisser s’exprimer son côté « BADBOY ». Jouer au baby-foot sur le temps de travail donne l’illusion de s’affranchir des impératifs de production. Une façon de reprendre le pouvoir.

A ses côtés, on trouve également son antithèse: le fauteuil de massage assis. C’est la version « Salon de thé / camomille » de la transgression. Prévoir donc une bouilloire, pour ceux qui veulent apporter leur sachet de thé bio !

Ainsi équipée, la salle de pause devient comme une enclave de vie personnelle au travail, le poste avancé qui permet de retrouver une forme d’équilibre. Car de son côté, le travail n’hésite pas à faire irruption dans notre vie privée: avec les smartphones et les mails, la vie professionnelle s’immisce facilement en dehors des horaires balisés par le contrat de travail.

Toutes les entreprises sont concernées ?  

Il reste cependant beaucoup de métiers, sûrement la grande majorité, qui ne débordent pas sur la vie personnelle. Toutes les entreprises où la pointeuse est encore le maitre du temps, où les salariés ne sont pas soumis à l’invasion des mails. Dans ce cas, la vocation loisirs et détente de la salle de pause est elle vraiment nécessaire ?  N’est elle pas une épine dans les impératifs de productivité ?

Si on ne peut réduire le bien-être au travail à la présence de quelques outils de détente, ils sont cependant l’indicateur d’un besoin: l’entreprise doit aujourd’hui être un lieu de vie épanouissant. Il est donc indispensable de prendre en compte le salarié autrement que dans un rôle d’opérateur, et lui proposer un environnement qui répond à ses attentes.

Regarder cette envie avec les yeux du 19eme siècle est rapidement stérile. Mais concevoir l’implantation de dispositifs de loisirs comme une panacée l’est tout autant.

Mieux vaut se donner les moyens de construire ensemble une nouvelle vision de l’entreprise. Prendre en compte cette aspiration à y vivre heureux, adapter ensemble son organisation et les modes de production. Parier qu’ensemble, les dirigeants et les salariés trouveront le juste équilibre permettant à la fois de créer de la richesse, de pérenniser l’entreprise et partager équitablement les fruits du travail. Faire ainsi de l’entreprise un lieu épanouissant et agréable à vivre. Même dans les contextes les plus contraignants.

Une façon de refaire le monde… Autour d’un baby-foot par exemple.

* BONZONI est la marque de référence dans la fabrication des baby-foots.

Chronique publiée en juin 2018 dans « ECO Savoie Mont Blanc »

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